La vaste saga des Thibault fut, en partie,
écrite au château du Tertre, au cœur du Perche ornais.
Neuilly-sur-Seine, installé à Paris, il est aussitôt séduit par le château du Tertre, ouvert sur les forêts du Perche. Venu à l’invitation de sa future belle-famille, il épousera la maison autant que sa fiancée, Hélène Foucault, connue lors d’une promenade d’archivistes dans l’Orne. « Je suis reconquis par le charme inouï, ensorcelant, de ce pays. Aucun site ne m’a jamais possédé à ce point…» écrit-il, en 1919, quand il retrouve Le Tertre après la Première Guerre mondiale.
L’écrivain vient régulièrement au Tertre l’été, avec sa femme. À la mort de ses parents en 1924, l’héritage lui permet d’acheter la propriété à son beau-père. Sensible à l’esprit des lieux, l’ancien élève de l’école des Chartes, décorateur et bricoleur à ses heures, transforme la demeure de fond en comble. Une photo de 1925 le montre juché sur un échafaudage. « J’ai la certitude qu’en travaillant ainsi à faire le Tertre, je travaille au meilleur rendement de mon œuvre. »
Les travaux terminés, Roger Martin du Gard reprend la saga des Thibault, vaste fresque sociale sur la Première Guerre mondiale. Commencée en 1922, l’écriture de cette suite romanesque en huit volumes va l’occuper durant vingt ans. En 1937, il reçoit le prix Nobel de littérature. Cadre de travail, le Tertre est aussi lieu d’accueil. Les amis ont leur chambre, comme André Gide qui affectionne celle à l’exact milieu de la maison. Le Tertre est une bâtisse si attachante que l’écrivain en fait presque un personnage dans son dernier livre inachevé, Souvenirs du colonel de Maumort. Le 22 août 1958, un infarctus le terrasse dans son bureau, resté intact. Comme l’ensemble du domaine que s’efforcent de conserver sa petite-fille et sa famille.
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