L’actrice a vécu le Débarquement de 1944 près de Caen,
où elle passa son enfance. Elle n’oublia jamais cet été-là.
« Le Débarquement, je l’ai pas vu. Je l’ai pris sur la gueule. » Juin 1944 va bombarder sa vie. Quand Girardot atteinte par la maladie d’Alhzeimer s’efface derrière Annie, les vapeurs d’enfance remontent. « Souvent, maman a peur. Le soir quand je pars, elle me demande si les Boches sont là, juste derrière la porte de sa chambre » racontait, en 2007, sa fille Giulia Salvatori. Ado, Annie aide alors sa mère, sage-femme à la maternité orphelinat de Bénouville. « Avec d’autres, je tenais les couvertures… »
Le cocon familial s’appelle le « Nidus » à Bénouville. « Avec mon frère Jean, nous y étions très attachés. Mon coeur est toujours au Nidus », aimait-elle rappeler. À l’Union blainvillaise, l’abbé Saint-Jean, sosie de Jean Gabin, lui apprend le catéchisme… et la comédie. Annie joue ses premiers spectacles dès l’âge de 6 ans. « Faites donc entrer votre fifille à la Comédie-Française ! », conseille le père à sa mère.
Sortie du Conservatoire de Paris avec un premier prix, la comédienne se fait vite applaudir à la Comédie-Française. Cocteau voit en elle « le plus beau tempérament dramatique d’après-guerre. » Visconti lui offre une consécration internationale avec Rocco et ses frères en 1960. D’Italie, elle ramène aussi un mari, l’acteur Renato Salvatori. Ils auront Giulia, avant de divorcer. Annie Girardot tourne jusqu’à « faire des folies pour ne rien regretter ». La France populaire et généreuse des Trente glorieuses se reconnaît en elle avec ses colères, ses émotions et ses rires. Flic, prof, avocate, médecin… Annie Girardot tournera plus de 120 films au total, dont plusieurs en Normandie.