Prix Nobel de littérature en 1947,
l’écrivain fut aussi maire
du petit village augeron de La Roque-Baignard.
Ce dimanche 17 mai 1896, le conseil municipal de La Roque-Baignard, au coeur du pays d’Auge, se réunit « à deux heures du soir ». Surprise, André Gide est élu maire de la commune par 7 voix contre 3 au maire sortant. À 27 ans, l’écrivain se retrouve un des plus jeunes maires de France. Quinze jours plus tôt, il avait été élu conseiller municipal par 28 voix sur 36 votants. Édouard Rondeaux, le grand-père maternel, avait acheté le château de La Roque en 1851. Fils d’un méridional et d’une Normande, André Gide en hérita de sa mère, Juliette, avec six fermes, soit plus de la moitié du territoire communal. Il fréquente son domaine l’été. Maire insolite, pas trop assidu aux réunions, Gide se lasse vite des débats sur les chemins à empierrer. En 1899, l’auteur des Nourritures terrestres fait savoir qu’il ne se représentera pas, la commune étant « ingouvernable ». Gide vend le château l’année suivante et se sépare, en 1909, de ses derniers biens augerons.
Prix Nobel de littérature en 1947, André Gide décrit La Roque dans Si le grain ne meurt. Le « contemporain capital », pour reprendre l’expression de Malraux, n’est pas toujours tendre avec ses concitoyens normands. Dans Isabelle, on lit page 15 : « Quand j’arrivai à la station de Breuil- Blangy entre Pont-l’Évêque et Lisieux, la nuit était à peu près close… Une sorte de paysan en livrée vint à ma rencontre… L’aspect du cheval et de la voiture coupa l’essor de mon imagination ; on ne pouvait rêver rien de plus minable…À l’intérieur, une odeur de poulailler suffocante. » André Gide est inhumé dans le cimetière de Cuverville, en Seine-Maritime, où sa mère possédait une autre propriété.